Difficulté d’accès à la profession de médecin selon les pays

11 % des étudiants inscrits en médecine en Europe obtiennent leur diplôme dans un autre pays que celui où ils exercent finalement. Ce chiffre, brut et sans appel, en dit long sur la disparité des parcours et la réalité du terrain : devenir médecin, selon l’endroit où l’on pose sa valise, n’a rien d’un parcours linéaire.

En Allemagne, le numerus clausus a disparu en 2020, mais la régulation n’a pas pour autant quitté la scène. La France, elle, a troqué ce terme contre une mécanique toute aussi restrictive, le principe reste, seule l’étiquette change. À l’est, la Roumanie ouvre plus largement ses portes : les étudiants y franchissent les étapes vers la médecine avec une concurrence bien moins féroce qu’en Espagne, où le concours d’entrée demeure l’un des plus impitoyables du continent.

Dans le Nord, les systèmes scandinaves recrutent à l’étranger pour pallier la pénurie de généralistes. Les praticiens venus d’ailleurs font parfois face à une jungle administrative, égrenant les démarches pour faire reconnaître leur diplôme. Les frontières intérieures de l’Europe dessinent ainsi une mosaïque d’accès inégal aux soins, et les écarts de densité médicale entre régions voisines en témoignent crûment.

Pourquoi la démographie médicale inquiète en France et en Europe

La démographie médicale résonne comme un signal d’alerte pour les systèmes de santé, en France mais aussi dans toute l’Europe. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’OCDE, le vieillissement accéléré de la population européenne fait grimper la demande en soins de santé. Pourtant, la vague de nouvelles vocations médicales ne suffit plus à couvrir le terrain.

Les chiffres récents accentuent le fossé entre grandes villes pleines de cabinets et campagnes dépeuplées de médecins : la question des déserts médicaux prend de l’ampleur. En France, certains départements comptent moins de 100 médecins pour 100 000 habitants, pendant que d’autres dépassent allègrement les 350 praticiens pour la même population. Cette fracture ne s’arrête pas à nos frontières : Allemagne, Espagne, Italie, tous observent une répartition inégale des médecins, selon les territoires.

La charge du vieillissement démographique pèse sur les hôpitaux et tout le système de santé. Plus de la moitié des médecins français ont dépassé 55 ans, d’après la Drees. Les départs massifs à la retraite s’annoncent, et l’attrait du métier s’étiole dans certains coins du pays, un cocktail qui fait grimacer les responsables de la santé publique.

Au quotidien, cette pression se traduit par une multiplication des consultations et des gardes. Résultat : l’épuisement s’installe. Le burn-out médical progresse, l’OCDE l’a noté dans ses rapports à travers plusieurs pays de l’Union européenne. La tension sur les effectifs s’intensifie, tandis que l’offre de soins peine à suivre le rythme effréné des besoins.

Quels obstacles freinent l’accès à la profession de médecin selon les pays ?

La difficulté d’accès à la profession de médecin s’exprime différemment d’un pays à l’autre, révélant des contrastes frappants sur le Vieux Continent. Dès le départ, la sélection agit en filtre sévère. En France, le concours d’entrée en médecine, longtemps verrouillé par le numerus clausus, a, des décennies durant, imposé une sélection drastique. Même réformée, la procédure laisse planer une atmosphère de compétition extrême, avec des exigences très hautes, notamment en biologie, chimie et physique.

Autre obstacle de taille : la durée des études médicales. Compter au moins neuf ou dix ans entre le premier amphi et l’obtention du diplôme, sans oublier les spécialisations qui s’étirent. Certaines universités, comme celles de Cluj-Napoca ou Timișoara en Roumanie, attirent désormais des étudiants venus de l’étranger grâce à des cursus parfois plus accessibles, anglais ou français à l’appui. Mais une fois le diplôme en poche, la reconnaissance des qualifications et l’intégration dans les systèmes de santé nationaux relèvent souvent du parcours du combattant.

Les contraintes financières s’ajoutent au tableau. Entre les frais universitaires, les stages longs et peu rémunérés, et le coût de la vie, le budget des familles est mis à rude épreuve. Beaucoup d’étudiants racontent devoir cumuler petits boulots et études, au détriment de leur réussite et de leur santé mentale.

Pour ceux qui partent faire leurs études ailleurs, la maîtrise des langues est incontournable. Suivre des cours en français, en anglais ou en allemand selon la destination s’ajoute à l’intensité des matières scientifiques. Les ECOS (examens cliniques objectifs structurés), désormais adoptés dans de nombreux pays, ne se contentent plus de vérifier les connaissances : ils évaluent aussi les compétences relationnelles et l’adaptabilité des candidats à des critères pédagogiques toujours mouvants.

Médecin homme dans son bureau avec documents et ordinateur

Des inégalités d’accès aux soins qui interpellent : focus sur les généralistes et les territoires

La question de la répartition des médecins généralistes traverse tous les débats en Europe. Les grandes villes concentrent les cabinets, pendant que les zones rurales ou périphériques peinent à attirer les soignants. On assiste à une multiplication des déserts médicaux : en France, près de 8 millions de personnes vivent dans une commune sous-dotée, selon l’Organisation mondiale de la santé et les données récentes de l’OCDE.

Le phénomène ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone. Partout dans l’Union européenne, l’écart s’élargit entre les centres urbains bien équipés et les zones isolées. L’accès à un système de santé performant devient souvent une question de géographie. Les territoires sous-dotés voient leur population vieillir sans assurance de relève médicale. Les solutions alternatives, télémédecine, maisons de santé pluriprofessionnelles, ne suffisent pas à compenser l’absence de médecins sur le terrain.

Quelques chiffres illustrent la diversité des situations :

  • En France, la densité de médecins généralistes varie du simple au triple selon les départements.
  • Dans certains territoires, un patient doit patienter plusieurs semaines avant d’obtenir un rendez-vous.
  • L’attractivité des territoires dépend autant des conditions économiques que du cadre de vie proposé aux praticiens.

Pour les étudiants en santé, le choix du lieu d’installation reste étroitement lié à la formation reçue et à l’expérience vécue en stage, notamment en zone rurale, souvent perçue comme une contrainte. Malgré les efforts des pouvoirs publics pour inverser la tendance, la pénurie continue de s’aggraver dans les territoires les plus exposés.

Les visages des médecins, aujourd’hui, se raréfient dans certains villages, tandis que d’autres régions jonglent avec l’afflux de patients. Sur la carte de l’Europe, la médecine dessine des frontières invisibles, et pour beaucoup, la promesse d’un accès équitable aux soins demeure encore à conquérir.

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